N'importe où mais ailleurs ! - Carnets de voyage
"Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui" (Montaigne). Je frotterai jusqu'à une absolue brillance. Quelques carnets de route, des falaises de grès maliennes abritant d'improbables villages Tellem aux hautes terres occidentales guatémaltèques où les huipiles rouge éclatant des femmes sont un vrai régal pour les yeux !


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MALI - Le sel de la terre - Bamba - Douentza

 

Du poisson au menu. Nous regardons, septiques, ses arêtes flotter dans le plat. Le Niger est loin, très loin, et il en a fait du chemin ce petit poisson pour venir onduler dans notre assiette. La chaîne du froid a certainement été rompue … Comporte-t-elle ici ne serait-ce qu’un maillon ? Nous finissons par ne plus voir que salmonelles et lysteria se relaxant dans notre petit bouillon de culture. Mathieu n’y touche pas, je déguste mollement (comme si la lenteur avec laquelle ma main portait la nourriture à ma bouche venait freiner l’ingestion des petits germes pathogènes).

Le soleil est plus agressif ici. Les enfants aussi. Ils nous tiennent fermement les bras pour ne pas se faire voler une place de choix durement acquise. Fatiguée et impatiente de rejoindre Hombori et ses paysages dantesques.

 

Pas de bus au départ de Bamba. Nous prenons l’un des rares 4x4 qui quitte le village en début d’après midi. Un peu de confort nous permettra sans doute de glaner l’énergie qu’il nous faudra déployer pour nous dégotter un moyen de locomotion jusqu’à notre point de chute final. Tu parles. Nous devinons à peine la route tant elle est mauvaise. Nous dépassons des Touaregs et leurs bêtes qui transportent d’énormes plaques ocre, les caravaniers du sel, défiant farouchement le sel marin, industriel, blanc et raffiné. Mais leur sel n’est guère plus utilisé que pour l’alimentation du bétail et par quelques inconditionnels qui lui reconnaissent contenir des oligo-éléments essentiels. On dit même que les troupeaux privés de sel saharien souffrent de déficiences multiples. Sans doute toutes ces vertus qui expliquent la persistance de ce commerce.

Nous doublons ensuite une succession infinie de charrettes en direction de Douentza, le marché s’y tient demain matin.

 

Mon voisin de droite dévore goulument d’énormes morceaux de viande ruisselant de graisse en chassant de temps à autre d’un revers de main les mouches qui ont envahi l’habitacle (son coude venant à chaque fois percuter mon épaule). Il enfonce ses énormes doigts dans la chair grillée, me donnant des haut-le-cœur réguliers. Des mains, de plus en plus nombreuses, viennent ensuite piocher dans le sac gorgé de jus qui se met à goutter sur mes chaussures. L’homme se répand en excuses contrites. Nous sommes même conviés à faire de même mais déclinons poliment l’invitation. Vous comprenez, nous venons de manger. Mais c’est le ventre bien creux que nous supporterons encore deux heures de voyage.



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Publié à 22:43, le 25/04/2010 dans MALI Janvier 2009, Douentza
Mots clefs : transport
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Jour de marché - Trek Jour 5 - Bamba

 

 

 

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons de Bamba, le flot humain se densifie. Bientôt, nous faisons partie d’un groupe entier, de femmes essentiellement, portant des bassines en plastiques, elles-mêmes pleines à craquer d’autres récipients fluo, d’énormes sacs de jute semblant sur le point d’exploser et de déverser tous leurs grains tant leur toile est tendue à l’extrême, des bébés qui supportent tant bien que mal la chaleur écrasante de fin de matinée des kilomètres durant.


Enfin, nous franchissons un ultime pont de pierre chevauchant un marigot pour débouler dans le marché de Bamba étourdissant de couleurs. Tout est ici encore plus dense et chamarré qu’à Djenné. Des centaines de corps qui transpirent sous un soleil d’hiver brûlant. Si les jours précédents furent essentiellement dominés par des tons terreux, à présent tous ces boubous bariolés me font l’effet d’un éblouissement après plusieurs heures passées dans la pénombre. Les femmes cuisent à même le sol des beignets de mil, les balles expulsent leur coton immaculé, le lait peul répand un effluve rance. Des graines noires non identifiées s’amoncèlent comme de petits terrils miniers. De petits oignons, des piments, et des tas de poissons malodorants. Et quelques objets que les tristes commerces déversent ici, des lunettes de soleil, des piles made in china. L’odeur des huiles chaudes nous brûlent les narines. Le marché est cerné d’ânes déchargés, de rumeurs, de charrettes sans ridelle qui dressent leurs brancards vers le ciel.


« Le marché secouait les entrailles de tous les hommes et de bon nombre de bêtes depuis Kamma jusqu’à Yougo. Vers midi, tous se plongeaient dans son énorme murmure, le feu aux oreilles et l’œil inquisiteur pour des achats modestes mais véhéments. » (Marcel Griaule)

 


 



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Publié à 23:21, le 12/04/2010 dans MALI Janvier 2009, Douentza
Mots clefs : trekmarché
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« Dieu le seul moment où il rit, c’est quand deux cousins plaisantent » - Trek Jour 5 - Yendouma – Bamba

20 km nous séparent de Bamba, que nous devons atteindre avant midi. Dernier jour chez ce peuple de travailleurs dont on se souviendra surtout qu’il abat continument des tâches sysiphesques. Nous sommes sans cesse abasourdis par la dureté de la vie ici, d’hommes et de femmes luttant contre un climat peu commode dont le quotidien « se projette en mille gestes et rites » (M. Griaule). Je m’efforcerai d’y penser lorsque, les fesses nonchalamment posées sur mon confortable fauteuil de bureau - d’une densité de 30kg/m3, assise réglable en hauteur par vérin pneumatique, doté d’un mécanisme synchrone avec réglage personnalisé de la tension du dossier - baignée par une température ambiante de 23°C soigneusement étudiée - je me plaindrai de mes harassantes journées.

 

 

 

Dernier jour auprès du grand Souley. Dernier jour au milieu de cette « mer de grès figée en pleine tourmente, avec ses longs creux de vallées sablonneuses et ses vagues aplaties de rochers reflétant la lumière ».

Nous faisons part à Souley du contenu probable de nos prochaines étapes. Halte chez les Bozos, à la recherche de l’hippopotame sacré, campement sauvage sur les rives du Niger. Souley nous décrit alors les liens insolites qui unissent Bozos et Dogons, le cousinage, facteur d’apaisement inter ethnique que Griaule décrivait comme une « alliance cathartique avec fonction purificatrice». Ces rapport sont parfois dénommés « parenté à plaisanteries », les propos offensant échangés entre « cousins » ne pouvant donner lieu à des querelles intestines. Au-delà du respect d’un pacte fraternel passé, empêchant toute genèse de conflit entre ces peuples, ils sont tenus de s’apporter une assistance mutuelle. Le cousinage entre Bozos et Dogons (que tout semble pourtant séparer, les uns agriculteurs peinant dans leur gestion de l’eau, les autres, pêcheurs sur le Niger nourricier) constitue l’une des « parentés à plaisanterie » les plus intenses entre groupes africains.

La légende révèle que deux frères, l’un à l’origine de la lignée Dogon, l’autre ancêtre Bozo, durent se sauver mutuellement la vie dans des conditions assez barbares. Je demande un peu de détails croustillants à Souley qui me chuchote à l’oreille que l’un des deux frères aurait, pour nourrir le second famélique, fait cuire la viande de sa propre cuisse.

 

 

 

Résultat : malédiction pour toute attitude venant compromettre le lien sacré, pas de mariage inter ethnique notamment (les rapports sexuels d’un Bozo et d’une Dogon (et réciproquement bien sûr) se solderaient par une incapacité totale de séparer les deux amants). Un peu étrange et ambigu puisque finalement, cela pousse les deux peuples à s’éviter pour limiter les occurrences conflictuelles ou amoureuses. En revanche, un Bozo qui viendrait visiter un Dogon peut s’il le souhaite se servir à l’envi.

 

« Par un froid jour d’hiver, des porcs-épics, en compagnie, se serraient très près les uns des autres pour éviter, grâce à leur chaleur réciproque, de mourir de froid. Bientôt, cependant, ils sentirent leurs piquants réciproques, ce qui de nouveau les éloigna les uns des autres. Mais lorsque le besoin de se réchauffer les amena de nouveau à se rapprocher, ce second mal se renouvela, si bien qu’ils furent ballottés entre les deux souffrances jusqu’à ce qu’ils aient finalement trouvé une distance moyenne leur permettant de tenir au mieux ». (Schopenhauer)

 

Nous faisons halte au bout de 8km à Wéré, la terre est davantage rougeâtre ici. 10 minutes à peine de pause le temps d’engloutir 50cl rafraîchissant et c’est reparti.



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Publié à 18:14, le 19/03/2010 dans MALI Janvier 2009, Douentza
Mots clefs : coutumetrek
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Il n’y a pas de petite querelle – Trek Jour 4 – Yendouma

Avant que nous nous endormions sur la terrasse, Souley nous abreuve une fois de plus de ces allégories africaines qui attisent ici l’intérêt des jeunes enfants :

 

Deux margouillats se battaient ardemment devant l’entrée d’une petite case en paille, habitée par une vieille dame, qui s’y reposait alors, à l’abri de la chaleur soutenue qui pesait à l’extérieur. Le fils de la maison, parti pour quelques mois à la poursuite d’aventureuses péripéties, confia à son fidèle chien, avant de quitter le pays, la garde du seuil de la maisonnette.

Le chien, outré devant les manières des deux ridicules reptiles, exigea d’eux l’arrêt des hostilités. En vain. Les petites bêtes, qu’il ne pouvait atteindre, sauf à abandonner temporairement son poste de gardien, continuaient à mutuellement se malmener. Il s’adressa alors au coq, implorant son aide. « Sans façon », rétorqua le gallinacé, « je n’ai pas de temps à consacrer à ces futilités ».

Le chien apostropha alors la chèvre et lui fit une requête analogue. « Crois-tu que ma vie est si misérable qu’il me faut résoudre des problèmes de telle envergure ? » se moqua la sale bique dédaigneuse.

 

Le taureau, le mouton et le cheval déclinèrent de même la sollicitation, chacun leur tour, avec suffisance. C’est alors que les margouillats accentuèrent la violence de leur joute, au point de tomber tous deux dans un panier dogon (tressé, à fond carré et à l’ouverture circulaire) rempli de coton. La vannerie, égueulée, chancela, jusqu’à se rapprocher dangereusement du foyer extérieur qui lui noircit tout d’abord les tigelles puis qui l’enflamma totalement alors même que le panier continuait à pirouetter. Bientôt, le feu embrasa l’habitation et la pauvre vielle endormie périt dans l’incendie.

On envoya alors chercher son fils, à cheval, mais le fils ne fut retrouvé que bien loin, l’étalon en mourut d’épuisement. On égorgea le coq pour nourrir l’entourage lors de la veillée funéraire et, comme le veut la tradition, on accomplit enfin les trois sacrifices permettant à l’âme de rejoindre ses ancêtres : un jour après les funérailles la chèvre fut liquidée, une semaine plus tard, ce fut au tour du pauvre mouton, enfin, pour sceller la cérémonie funéraire, 40 jours après le décès, le majestueux taureau fut promptement zigouillé.

 

Il n’y a pas de petite querelle …

 

(NB : je n’ai rien trouvé concernant ces 3 sacrifices dans les quelques descriptions de rites funéraires chez les Dogon que j’ai rapidement parcourues sur le web, en revanche je suis tombée sur la narration de rites similaires chez les Soninké).

 

Après quelques récits de la même veine (sanglants et moralisateurs), repos salvateur sous les étoiles qu’il y a bien longtemps, les femmes décrochaient pour les donner à leurs petits. « Ceux-ci les perçaient d’un fuseau et faisaient tourner ces toupies de feu pour se montrer à eux-mêmes comment fonctionnait le monde ». (Ogotemmêli – Dieu d’eau – M. Griaule).



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Publié à 01:46, le 13/03/2010 dans MALI Janvier 2009, Douentza
Mots clefs : legendetrek
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1kg de thé pour 5 kg de sucre - Trek Jour 4 – Yendouma

Ce soir, le gros yucca de Yendouma se détache du ciel rose formant une ombre courbe à quelques pas du campement. Bavardages prolongés qui donnent lieu à une séance de thé, 3 verres rituels bus successivement. Le premier, « amer comme la mort », a un petit goût fielleux qui décape la gorge. Lors du second verre, « bon comme la vie », l’âpreté cède à une douceur légère au grand bonheur de mes papilles, qui ont plutôt coutume de se frotter à des saveurs souples et tendres. Le troisième verre est brusquement très sucré, imbuvable selon certains, parfaitement onctueux en ce qui me concerne, « doux comme l’amour ».



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Publié à 20:08, le 7/03/2010 dans MALI Janvier 2009, Douentza
Mots clefs : trekcoutume
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