N'importe où mais ailleurs ! - Carnets de voyage
"Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui" (Montaigne). Je frotterai jusqu'à une absolue brillance. Quelques carnets de route, des falaises de grès maliennes abritant d'improbables villages Tellem aux hautes terres occidentales guatémaltèques où les huipiles rouge éclatant des femmes sont un vrai régal pour les yeux !


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Ségou, la cité aux 4445 balanzans

Nous quittons très tôt Bamako pour Ségou, 220 km sur une bonne route asphaltée, dans un bus plutôt confortable de la compagnie Bani, la meilleure du Mali. Le paysage est assez monotone mais exceptionnellement beau, parsemé de maisons en banco, circulaires dans la région de Bamako et qui deviennent cubiques au fur et à mesure que nous approchons de Ségou. J’aperçois les premiers balanzans, ces arbres touffus qu’un malien probablement un peu fou s’est amusé à compter : il y en aurait 4444, le 4445ème restant introuvable (mais son existence est avérée !). Arrivée pour le déjeuner et rencontre avec Salif, avec qui j’ai échangé quelques mails avant le départ. Salif est piroguier depuis 10 ans dans la région et vit dans le village de pêcheurs Kaladanga, sur l’autre rive du Niger, faisant face à Ségou. Déjeuner dans la pirogue amarrée sur les berges, où les gracieuses Ségoviennes, les plus belles femmes du pays, il paraît, lavent leur linge, faussement offusquées par les jeux d’eau des enfants. Nos trois mains droites plongent tour à tour dans un énorme plat de riz et de poissons émiettés pendant que Salif nous conte ses 3 années en Côte d’Ivoire qui l’ont profondément marqué. Il nous dit avoir été traité comme un sous-homme par des ivoiriens imbus et peu scrupuleux, qui, pour le punir de sa condition de malien, le volaient régulièrement en plus de lui jeter en pleine face des moqueries visant le Mali et son extrême pauvreté. Longtemps il s’est tu, il aurait probablement risqué sa vie s’il avait osé répondre verbalement à ses oppresseurs. Il a quitté le pays le jour où les gardes des eaux et forêts ont brûlé la totalité de ses filets de pêche. Il nous dit ne pas comprendre comment un pays si riche peut contenir tant de haine, nous échangeons un regard furtif avec Matthieu, songeant à la toute relative richesse ivoirienne et peut-être davantage conscients que notre ami que la prospérité d’un pays n’est garante ni de l’intégrité de ses dirigeants, ni de l’éradication des groupes haineux et racistes le composant.


Benjamin, un jeune ami de Salif nous conduit en pinasse au village des potiers, Kalabougou. Benjamin est Dogon, catholique, originaire de Kounouda, il rêve d’une Europe qu’il n’appréhende pas du tout, est empreint de tolérance et m’apprend des bribes de Bambara. Le petit Ibrahim, un des plus jeunes fils de Salif, nous accompagne et débite hâtivement toutes ses connaissances en Songhaï, bambara et français pour nous impressionner. Les poteries de la région de Ségou sont les plus belles du Mali, nous assistons à leur impressionnante cuisson. Les femmes disposent l’argile façonnée sous d’énormes tas de pailles et de bois qu’elles enflamment. Nous restons un long moment silencieux face au gigantesque brasier.

Après une petite escapade à Ségoukoro, et sa magnifique mosquée bâtie il y a 2 siècles, retour à Ségou, qui s’étire le long du Niger nourricier. Sur l’avenue principale, balade face aux bâtiments administratifs de l’époque coloniale, ocre, roses, vert pâle bien différents des autres bâtiments de la ville faits de banco rouge. Nous admirons quelques beaux bogolans, ces tissus traditionnels teintés à partir d’infusion d’écorce, de racines et de terre argileuse sur une étoffe tissée à la main. Coucher de soleil époustouflant sur le fleuve doré d’où se détachent les ombres fuyantes des pêcheurs Bozo, des bateliers somono, des pinasses chargées de mil et les silhouettes des femmes prolongées de leurs lourdes poteries ou bassines. Le fleuve est ici d'une largeur impressionnante, on devine à peine la berge opposée.


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Publié à 20:15, le 3/01/2009 dans MALI Janvier 2009, Ségou
Mots clefs : poteriesartisanat
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Bamako ou le marigot du caïman

Après un petit déjeuner à base de tisane locale, nous décollons tardivement direction le centre avec Yakou qui nous accompagne au bureau de change. Ma première capitale africaine. Nous prenons le bus et dès les premiers instants, la ville me jette à la face sa lourde pellicule de poussière d’où n’émergent que quelques rares bâtiments hauts, la tour du siège de la BCEAO notamment qui semble avoir été balancée là par mégarde par un titan ivre. Je me prends en pleine figure et presque immédiatement les nombreux paradoxes de Bamako: espace grouillant que le regard doux des gens rend sécurisant, la capitale arbore des allures de village. Village très étendu toutefois, s’étirant le long du fleuve Niger, qui ne comptait encore que 600 âmes voilà un siècle. Lourds effets d’un exode rural démesuré. J’ai l’impression ici maintenant d’être cernée de son million d’habitants actuel et bizarrement c’est plutôt agréable.

Des centaines de saynètes se jouent autour de nous, un peu comme dans un tableau de Bruegel version équatoriale, où la neige et la glace flamandes seraient remplacées par des terres ocre. Travail des champs surréaliste en plein centre sur les rives du fleuve. Nous nous retrouvons rapidement au milieu des marchés colorés, où des centaines de vendeurs à la sauvette tentent d’écouler tout et n’importe quoi. Nous croisons les stands des fétichistes sur lesquels trônent pêle-mêle des crânes de chèvres, des os de mouton et autres gris-gris. Puis nous traversons la Maison des artisans, et j’imagine déjà très bien trôner dans mon salon ces masques Bambara et Dogon déclinant le panthéon malien, ces têtes de hyènes épurées, ces visages sereins couverts de bronze et de cauris, l’ancienne monnaie du pays, ou encore ces dagues finement sculptées.

Les hommes et les femmes sont autant élégants et propres que les rues sont terreuses et fourmillantes. Encore une de ces évidentes invraisemblances. Je ressors de là gorgée de sables, de couleurs, de sourires et de sueur. 33°C, ouf c’est la saison fraîche.


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Publié à 23:13, le 2/01/2009 dans MALI Janvier 2009, Bamako
Mots clefs : artisanatmarché
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