N'importe où mais ailleurs ! - Carnets de voyage
"Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui" (Montaigne). Je frotterai jusqu'à une absolue brillance. Quelques carnets de route, des falaises de grès maliennes abritant d'improbables villages Tellem aux hautes terres occidentales guatémaltèques où les huipiles rouge éclatant des femmes sont un vrai régal pour les yeux !


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La course à l’échalote - Trek Jour 4 – Yendouma –Tiogou

Délicieuse sieste sur le toit du campement à Yendouma. Nous dormirons là ce soir, et partons donc légers pour l’après-midi vers le village de Tiogou, encastré dans un pli de la falaise à 4 km de là.

Au fur et à mesure que nous approchons de la bourgade, la densité des champs verdoyants augmente, et avec elle le contraste surprenant avec la sécheresse alentour. Les jardins sont composés de petits carrés d’un mètre de côté ourlés d’une levée de terre destinée à retenir l’eau. Echalotes et tomates essentiellement. Ces parcelles maraîchères, petits miracles dogon, sont entourées de clôtures faites de tiges de mil, pour décourager chèvres et moutons. Des calebasses, utilisées pour l’arrosage, sont disséminées dans les allées.

 

 

 

 

Nous croisons une stèle phallique sacrée, lieu de libations de bouillies de mil déversée afin de garantir les prochaines récoltes. Celle du mil a été faite en octobre, les tiges sèches recouvrent à présent les tristes champs. « La terre allait attendre pendant toute une saison de vents et de soleil qu’on lui ouvre à nouveau le ventre. On n’entendrait pas avant longtemps les paysans nommer le mil d’après sa hauteur, tout au long d’une croissance anxieusement observée, encouragée par le sang des volailles sur les autels, par les prières infinies, par les précautions compliquées. On n’entendrait pas avant des mois appeler « nez poussé » la première apparition des tigelles, « queue de coq » la première courbure de la feuille caressée par le vent, « mottes cachées » la disparition de la terre sous la verdure, « avale bêtes » les tiges assez hautes pour masquer un mouton. » (M. Griaule)


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Publié à 20:41, le 26/02/2010 dans MALI Janvier 2009, Sanga
Mots clefs : agriculturetrek
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La Kola sans coca – Trek Jour 4 - Yendouma

 

 

 

Ah … Yendouma et ses petits greniers en équilibre sur des pans rocailleux de guingois …

Nous grimpons, avant le déjeuner, jusqu’à la Toguna, échangeons de longues politesses avec le chef du village à qui nous offrons quelques noix de kola aux vertus aphrodisiaques et antidépressives. Nous sommes très friands de ces litanies polies égrenées au fil de nos rencontres :

 

 

Aga po (Bonjour)

u seewo? (Comment allez-vous ?)

se seewo (Très bien, merci.)

djini seewo? (Comment ça va votre famille?)
seewo (Bien)

yana uwo seewo ? (Comment va la femme ?)

seewo (Bien)
unube sewoïn? (Comment vont vos enfants?)
seewoïn (Bien)

… (tout y passe, les affaires, la maison, les champs et les moutons)

Po – (Merci).

Yah Poo (Merci).

 

 

 

 

Un de ses acolytes tresse une corde à l’aide de fibres d’écorce de baobabs ; en fond sonore, les quolibets des quelques autres vieux qui semblent postés ici depuis des siècles.

Perchés sur un rocher, nous surplombons l’agglutinement des petits chapeaux de sorcière, projetés par Amma de façon erratique entre les maisons. Sur le toit plat des habitations sèchent de petits tas orange ou noirâtres, des graines, probablement du sorgho, du fonio peut-être ? Nous apercevons ça et là des fagots de longs épis couverts de minuscules perles globuleuses, du millet sans doute. Le piton des trois Youga, d’où nous arrivons, s’étire paresseusement au loin. Sourire un peu niais sur ma mine réjouie. Je crois qu’en cet instant, au milieu de ces sages bonshommes, j’ai précisément capté ce que j’étais venu chercher là : le ciel bleu, ces silhouettes hors du temps, et cette distance largement raisonnable avec ce que j’exècre et ce que j’aime à outrance de ma petite vie bourgeoise. Nous sommes restés là, une heure peut-être, scrutant minutieusement ce qui semblait à cette hauteur n’être qu’une maquette, en nous goinfrant de mangues, nos faces fouettées par la brise tiède, et nos muscles bourrés d’acide. Et sacrément heureux d’être là …


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Publié à 12:41, le 20/02/2010 dans MALI Janvier 2009, Sanga
Mots clefs : trek
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Le corbeau et la cuillère à tô -Trek Jour 4 – Youga Piri – Yendouma

Les premiers rayons du matin effleurent les petits personnages de bois qui recouvrent la sublime porte sculptée du cagibi dans lequel nous avons dormi. Bien rodés maintenant, nous remballons nos affaires avec une formidable efficacité, même Matthieu et les 28 sachets composant son Karrimor SF (le sac des forces spéciales britanniques, il fallait au moins ça pour s’attaquer aux adversités maliennes) sont sur le qui-vive avec ponctualité, sans doute la toute première fois depuis notre atterrissage à Bamako voilà une semaine.

 

Nous croisons des femmes, un peu farouches, qui pilent le mil. Je voudrais les photographier, capturer leur élégance, leur labeur sans relâche, mais les Dogons n’aiment ni les photos ni les touristes en mal de portraits exotiques qui souvent considèrent leurs villages comme des musées vivants. Et on les comprend …

 

Nous redescendons vers la plaine et entamons la traversée de l’étendue sablonneuse qui nous sépare de la falaise de Bandiagara. La poussière orange que charrient les airs nous polit le visage. Nous sommes à l’affût, guettant le rollier d’Abyssinie, lorsqu’un splendide spécimen nous fait l’honneur d’un petit ballet aérien, exposant avec orgueil son plumage éclatant : essentiellement bleu turquoise, brun-roux sur le dos. Le bout de ses ailes, bleu électrique, est ourlé d’une pointe de noir. Splendide.

 

Un peu plus loin, c’est un corbeau à cou blanc qui nous passe au-dessus, comme un écho aux légendes que Souley nous a contées la veille.

 

 

 

 

Un petit corbeau arrogant, persuadé d’être suffisamment habile pour défier les animaux de la plaine, participait à divers affrontements qu’il perdait systématiquement. Même le délicat kalapo, pas guerrier pour un sou, parvenait à l’humilier lors de leurs joutes [je n’ai trouvé aucune référence au kalapo sur le net, peut-être s’agit-il du kakapo, mais qu’est-ce que le kakapo viendrait-il faire en pays Dogon ??]. Et pourtant, lorsque le petit corbeau rentrait de ses éprouvantes journées, il vantait à sa mère ses propres mérites, lui décrivant de quelle façon il parvenait à distribuer des corrections aux animaux les plus redoutables de l’hostile nature africaine. Hyènes, lions, éléphants pliaient face à sa hardiesse et sa perspicacité. Sa mère ne cessait alors de le récompenser, se privant elle-même de nourriture pour combler le vaillant soldat [bon, quand même bien crédule la mère...]. Débordant de fierté, elle voulut observer les exploits de son intrépide progéniture. Les narrations pompeuses du petit corbeau ne la satisfaisant plus, il lui fallait le voir de ses propres yeux, terrasser les terribles ennemis dont il lui parlait tant. Lorsqu’elle constata que son fils, loin de dominer, se faisait fustiger à longueur de combats, ne remportant pas même le moindre petit duel, elle fulmina. Elle attendit son retour au bercail, se saisit de l’ustensile avec lequel elle fabriquait le tô [bouillie de mil traditionnelle] et le brûla au cou. Les plumes du petit repoussèrent blanches sur sa pauvre nuque, marque indélébile qu’il transmettra à sa descendance, châtiment corporel punissant ses paroles mensongères, un peu notre supplice des plumes et du goudron. Sacrément sévère.

Je regarde attendrie le passereau, finalement bien plus intéressant que son cousin tout noir qui erre fréquemment au dessus des poubelles en lisière de ma forêt meudonnaise.


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Publié à 12:24, le 14/02/2010 dans MALI Janvier 2009, Sanga
Mots clefs : faunetrek
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Le petit chat est mort - Trek Jour 3 – Youga Dogourou – Youga Piri

Nous avançons dans le défilé de Youga Dogourou, la faille se resserre, nous enveloppe, abrite dans ses replis les constructions des Tellem, les premiers habitants de la région supplantés par les Dogons. Les ruines troglodytiques de ce peuple, dont la disparition reste encore un mystère, servent de cimetières aux Dogons, les corps de leurs défunts y sont hissés, pour y reposer éternellement, tout proches du ciel. Une brise clémente chargée de passé et de fantômes accompagne notre progression dans l’entonnoir de grès, de plus en plus étroit. Je peux toucher à présent simultanément ses parois gauche et droite. Les constructions Tellem subissent vaillamment les pressions de la pierre, venant du dessous, du dessus et leurs formes cylindriques semblent sur le point d’éclater. De certains greniers, résolus à se plier au bon vouloir de la roche, il ne reste plus qu’un enchevêtrement de briques rouges désordonné.

Pour sortir des entrailles de la falaise, il nous faut nous hisser, parfois aidés d' échelles Dogon, ces troncs, dont l’extrémité fourchue repose sur la pierre et dont les marches étroites ont été taillées à la hache. Nous rejoignons le plateau, qui domine une mer de sable d’où émergent sporadiquement quelques tâches brunes ou vertes. Jusqu’à la ligne d’horizon tout est irrémédiablement plat et monotone, quelques nuages de haute altitude venant ça et là foncer les ocres qui s’étirent à l’infini. Nous restons immobiles, un bon moment, décontenancés par cette vue à la fois majestueuse et décadente, s’ouvrant sur une nature accablée où la vie s’accroche par intermittence et dont la fin semble proche.

Nous marchons quelques centaines de mètres sur la pierre gris-rose, franchissant ses fêlures sur des ponts bricolés, faits de branchages et de brisures de grès. Nous ne retrouvons la végétation que de l’autre côté du piton lorsque nous descendons vers Youga Piri alors à peine discernable, camouflée par les éboulis.

La falaise de ce côté est polie et dorée, éclairée par le soleil déclinant, et semblable à une coulée verticale de boue pâteuse ; un petit air de décor artificiel. Les bogolans sèchent suspendus, les femmes utilisent ici en guise de teinture des décoctions de feuilles d’indigotier, et protègent certaines parties du coton tissé, vouées à rester blanches. Le village semble endormi en cette fin d’après-midi, les moutons mi noirs, mi blancs sont affalés sans élégance aucune et il me tarde d’en faire autant.

Nous arrivons suffisamment tôt au campement pour profiter des dernières minutes de lumière, je prends quelques notes dans mon carnet, vais saluer les voisins et leur cadavre de chat (semble-t-il) qui trône dans le passage qui nous conduit chez eux. Il s’agirait de la demeure du Hogon, le chef religieux, avec qui Matthieu s’entretient un peu, pendant que fièrement je baragouine les quelques bribes de langue Dogon que je maîtrise à présent devant les enfants qui se sont ici regroupés. C’est peut-être mon accent peu convaincant qui les rend hilares, ou mon allure déliquescente, à moins qu’il ne s’agisse de ma tignasse jaune, les longues chevelures blondes étant plutôt peu courantes dans la région. Cela dit, la chevelure en question est dans un état étonnamment proche de celui de la peau du pauvre mammifère que l’on vient de croiser : un amas sec et compact de fibres informes. Je rêve d’un shampoing doux à la camomille suivi d’un soin capillaire réparateur aux 5 huiles essentielles et aux protéines de blé qui nourrissent et restaurent en profondeur …

Je mets fin à mon fantasme lorsque je réalise que l’eau que l’on nous apporte pour notre douche a été péniblement transportée par les femmes du village depuis les puits, tout en bas. Je fais définitivement une croix sur le spa relaxant lorsque je constate que la cabine de douche et les toilettes mixtes ne font qu’un... Je m’asperge à toute vitesse de deux gobelets d’eau après les avoir plongés dans un magnifique seau bleu lagon tout en retenant ma respiration.

 


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Publié à 22:22, le 6/02/2010 dans MALI Janvier 2009, Bandiagara
Mots clefs : trek
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Mil et une bouillies - Trek Jour 3 – Iby – Youga Dogourou

Petite nuit rongée par de violentes douleurs à l’estomac, mes prières à Amma ont sans doute été vaines. J’ai marché entre les ombres, le système digestif bien d’aplomb (la position verticale m’allant finalement mieux), me rappelant que « si les Noirs étaient des créatures de lumière extraites en plein soleil, c’était au clair de lune qu’avaient été créés les Blancs, d’où leur aspect larvaire ». La théorie d’Ogotemmêli m’a semblé en cet instant plus vrai que jamais. Traits livides, pâleur malingre, visage souffreteux, j’ai alors tout d’une larve molle et blême conçue par l’astre nocturne, depuis sa couleur lait caillé jusqu’à son apathie.

Petit déjeuner frugale. Un ami instituteur de Souley nous fait visiter les classes de l’école d’Iby saturées d’élèves et pourtant pleines de silence, le décor est minimaliste, inexistant même, les enfants ont l’air las. J’ai très envie de leur parler, d’écrire quelques mots sur l’ardoise, et finalement tout est trop calme.

Nous repartons à l’assaut de la montée qui conduit à Youga Dogourou, village accroché à un piton rocheux indépendant de la falaise. Nous sommes accompagnés de femmes qui portent péniblement l’eau des puits du bas de l’escarpement vers les villages perchés. Elles serpentent entre les buffles et les quelques marigots qui leur servent d’abreuvoirs durant la saison sèche.

Youga Dogourou est un bijou incrusté dans l’anfractuosité de grès. De petites têtes souriantes émergent hésitantes des cases parallélépipédiques, écrasées de part et d’autres par d’énormes rochers et dont la partie supérieure est percée de branches qui dépassent du banco de manière très irrégulière, leur conférant un petit air moderne. Sieste sous le fromager après avoir essayé de calmer la rage de dents d’un vieux sage avec un doliprane. Souley nous parle du mil, du couscous de mil, de la bière de mil, des galettes de mil frites, de la crème de mil légèrement sucrée, des beignets de mil, de la bouillie de mil, ... Je souris, on dirait Bubba et ses crevettes dans Forrest Gump : You can barbecue it, boil it, broil it, bake it, saute it, shrimp-kabobs, shrimp creole, shrimp gumbo. Pan fried, deep fried, stir-fried …”

Nos échanges culinaires me redonnent un peu d'appétit. Je romps le jeûne et mange un peu de riz à la santé d’Amma.


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Publié à 12:42, le 8/01/2009 dans MALI Janvier 2009, Bandiagara
Mots clefs : GASTRONOMIEtrek
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