N'importe où mais ailleurs ! - Carnets de voyage
"Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui" (Montaigne). Je frotterai jusqu'à une absolue brillance. Quelques carnets de route, des falaises de grès maliennes abritant d'improbables villages Tellem aux hautes terres occidentales guatémaltèques où les huipiles rouge éclatant des femmes sont un vrai régal pour les yeux !


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« Dieu le seul moment où il rit, c’est quand deux cousins plaisantent » - Trek Jour 5 - Yendouma – Bamba

20 km nous séparent de Bamba, que nous devons atteindre avant midi. Dernier jour chez ce peuple de travailleurs dont on se souviendra surtout qu’il abat continument des tâches sysiphesques. Nous sommes sans cesse abasourdis par la dureté de la vie ici, d’hommes et de femmes luttant contre un climat peu commode dont le quotidien « se projette en mille gestes et rites » (M. Griaule). Je m’efforcerai d’y penser lorsque, les fesses nonchalamment posées sur mon confortable fauteuil de bureau - d’une densité de 30kg/m3, assise réglable en hauteur par vérin pneumatique, doté d’un mécanisme synchrone avec réglage personnalisé de la tension du dossier - baignée par une température ambiante de 23°C soigneusement étudiée - je me plaindrai de mes harassantes journées.

 

 

 

Dernier jour auprès du grand Souley. Dernier jour au milieu de cette « mer de grès figée en pleine tourmente, avec ses longs creux de vallées sablonneuses et ses vagues aplaties de rochers reflétant la lumière ».

Nous faisons part à Souley du contenu probable de nos prochaines étapes. Halte chez les Bozos, à la recherche de l’hippopotame sacré, campement sauvage sur les rives du Niger. Souley nous décrit alors les liens insolites qui unissent Bozos et Dogons, le cousinage, facteur d’apaisement inter ethnique que Griaule décrivait comme une « alliance cathartique avec fonction purificatrice». Ces rapport sont parfois dénommés « parenté à plaisanteries », les propos offensant échangés entre « cousins » ne pouvant donner lieu à des querelles intestines. Au-delà du respect d’un pacte fraternel passé, empêchant toute genèse de conflit entre ces peuples, ils sont tenus de s’apporter une assistance mutuelle. Le cousinage entre Bozos et Dogons (que tout semble pourtant séparer, les uns agriculteurs peinant dans leur gestion de l’eau, les autres, pêcheurs sur le Niger nourricier) constitue l’une des « parentés à plaisanterie » les plus intenses entre groupes africains.

La légende révèle que deux frères, l’un à l’origine de la lignée Dogon, l’autre ancêtre Bozo, durent se sauver mutuellement la vie dans des conditions assez barbares. Je demande un peu de détails croustillants à Souley qui me chuchote à l’oreille que l’un des deux frères aurait, pour nourrir le second famélique, fait cuire la viande de sa propre cuisse.

 

 

 

Résultat : malédiction pour toute attitude venant compromettre le lien sacré, pas de mariage inter ethnique notamment (les rapports sexuels d’un Bozo et d’une Dogon (et réciproquement bien sûr) se solderaient par une incapacité totale de séparer les deux amants). Un peu étrange et ambigu puisque finalement, cela pousse les deux peuples à s’éviter pour limiter les occurrences conflictuelles ou amoureuses. En revanche, un Bozo qui viendrait visiter un Dogon peut s’il le souhaite se servir à l’envi.

 

« Par un froid jour d’hiver, des porcs-épics, en compagnie, se serraient très près les uns des autres pour éviter, grâce à leur chaleur réciproque, de mourir de froid. Bientôt, cependant, ils sentirent leurs piquants réciproques, ce qui de nouveau les éloigna les uns des autres. Mais lorsque le besoin de se réchauffer les amena de nouveau à se rapprocher, ce second mal se renouvela, si bien qu’ils furent ballottés entre les deux souffrances jusqu’à ce qu’ils aient finalement trouvé une distance moyenne leur permettant de tenir au mieux ». (Schopenhauer)

 

Nous faisons halte au bout de 8km à Wéré, la terre est davantage rougeâtre ici. 10 minutes à peine de pause le temps d’engloutir 50cl rafraîchissant et c’est reparti.



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Publié à 18:14, le 19/03/2010 dans MALI Janvier 2009, Douentza
Mots clefs : coutumetrek
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Il n’y a pas de petite querelle – Trek Jour 4 – Yendouma

Avant que nous nous endormions sur la terrasse, Souley nous abreuve une fois de plus de ces allégories africaines qui attisent ici l’intérêt des jeunes enfants :

 

Deux margouillats se battaient ardemment devant l’entrée d’une petite case en paille, habitée par une vieille dame, qui s’y reposait alors, à l’abri de la chaleur soutenue qui pesait à l’extérieur. Le fils de la maison, parti pour quelques mois à la poursuite d’aventureuses péripéties, confia à son fidèle chien, avant de quitter le pays, la garde du seuil de la maisonnette.

Le chien, outré devant les manières des deux ridicules reptiles, exigea d’eux l’arrêt des hostilités. En vain. Les petites bêtes, qu’il ne pouvait atteindre, sauf à abandonner temporairement son poste de gardien, continuaient à mutuellement se malmener. Il s’adressa alors au coq, implorant son aide. « Sans façon », rétorqua le gallinacé, « je n’ai pas de temps à consacrer à ces futilités ».

Le chien apostropha alors la chèvre et lui fit une requête analogue. « Crois-tu que ma vie est si misérable qu’il me faut résoudre des problèmes de telle envergure ? » se moqua la sale bique dédaigneuse.

 

Le taureau, le mouton et le cheval déclinèrent de même la sollicitation, chacun leur tour, avec suffisance. C’est alors que les margouillats accentuèrent la violence de leur joute, au point de tomber tous deux dans un panier dogon (tressé, à fond carré et à l’ouverture circulaire) rempli de coton. La vannerie, égueulée, chancela, jusqu’à se rapprocher dangereusement du foyer extérieur qui lui noircit tout d’abord les tigelles puis qui l’enflamma totalement alors même que le panier continuait à pirouetter. Bientôt, le feu embrasa l’habitation et la pauvre vielle endormie périt dans l’incendie.

On envoya alors chercher son fils, à cheval, mais le fils ne fut retrouvé que bien loin, l’étalon en mourut d’épuisement. On égorgea le coq pour nourrir l’entourage lors de la veillée funéraire et, comme le veut la tradition, on accomplit enfin les trois sacrifices permettant à l’âme de rejoindre ses ancêtres : un jour après les funérailles la chèvre fut liquidée, une semaine plus tard, ce fut au tour du pauvre mouton, enfin, pour sceller la cérémonie funéraire, 40 jours après le décès, le majestueux taureau fut promptement zigouillé.

 

Il n’y a pas de petite querelle …

 

(NB : je n’ai rien trouvé concernant ces 3 sacrifices dans les quelques descriptions de rites funéraires chez les Dogon que j’ai rapidement parcourues sur le web, en revanche je suis tombée sur la narration de rites similaires chez les Soninké).

 

Après quelques récits de la même veine (sanglants et moralisateurs), repos salvateur sous les étoiles qu’il y a bien longtemps, les femmes décrochaient pour les donner à leurs petits. « Ceux-ci les perçaient d’un fuseau et faisaient tourner ces toupies de feu pour se montrer à eux-mêmes comment fonctionnait le monde ». (Ogotemmêli – Dieu d’eau – M. Griaule).



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Publié à 01:46, le 13/03/2010 dans MALI Janvier 2009, Douentza
Mots clefs : legendetrek
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1kg de thé pour 5 kg de sucre - Trek Jour 4 – Yendouma

Ce soir, le gros yucca de Yendouma se détache du ciel rose formant une ombre courbe à quelques pas du campement. Bavardages prolongés qui donnent lieu à une séance de thé, 3 verres rituels bus successivement. Le premier, « amer comme la mort », a un petit goût fielleux qui décape la gorge. Lors du second verre, « bon comme la vie », l’âpreté cède à une douceur légère au grand bonheur de mes papilles, qui ont plutôt coutume de se frotter à des saveurs souples et tendres. Le troisième verre est brusquement très sucré, imbuvable selon certains, parfaitement onctueux en ce qui me concerne, « doux comme l’amour ».



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Publié à 20:08, le 7/03/2010 dans MALI Janvier 2009, Douentza
Mots clefs : trekcoutume
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Ca va les bonbons ? Trek Jour 4 –Tiogou - Yendouma

Tiogou est une petite merveille. Nous y découvrons deux  cases des femmes menstruées. Considérées impures pendant leurs règles, elles sont contraintes d'y séjourner ; un peu rude tout de même, si ce n’est que cela leur permet d’être dispensées d’un travail souvent coriace.

 

 

Sur la place du village, des enfants miment les cérémonies si célèbres des masques Dogon, le Sigui en particulier, qui a lieu tous les 60 ans (le prochain aura lieu en 2027, prenez date). Cette fête suprême commémore le plus vieil ancêtre ressuscité sous forme de serpent, l’illustre Lébé, créature pourvoyeuse de forces (mais aussi protectrice des placentas, pas de sot métier).

 

Imaginez-vous quelle fut la surprise des hommes qui, trop à l’étroit dans leur bourgade (quelque part dans le pays Mandingue) au point de la quitter pour conquérir l’actuel pays Dogon, tombèrent nez à nez avec ce gros reptile gluant alors qu’ils cherchaient à déterrer les os de leur aîné, que l’on ne pouvait définitivement pas abandonner là.

 

Aujourd’hui encore, on dit que le Lébé vient chaque nuit enduire de sa salive le corps du chef spirituel Hogon, pour l’imprégner de vigueur et de puissance.

 

Les enfants dansent sur la place publique que domine un énorme figuier, au rythme de tam-tam imaginaires et de factices clochettes. En guise de kanagas ou de masques zoomorphes, ils portent des feuilles percées de trous et traversées d’un bâtonnet de bois. Les chimères prennent vie peu à peu, nous entendons les tambours (un bout’ chou de 3 ans à peine qui tape résolument sur une boîte de conserve éventrée) et les petits corps, éclairés par les rais lumineux de la fin de journée, semblent à présent possédés par le dieu-serpent.

 

On a sacrément rigolé. D’autant plus qu’ici les enfants ne vous harcèlent pas de : Ca va les bonbons ? Toubab bidon ? (blanc, donne moi ta bouteille) Toubab le bic ? et autres interpellations qui je vous l’assure, malgré toute votre bonne volonté, vos velléités de compréhension et de discernement, finissent par vous taper sacrément sur le système. Désastreuses conséquences d'actes de touristes qui s’imaginent bien faire alors qu’en réalité ils pervertissent un fragile équilibre. Ne donnez rien directement aux enfants, leurs parents en feront des mendiants et ils se retrouveront à apostropher les toubabs de sobriquets dont ils ne comprennent pas même le sens. Si vous souhaitez aider, passer plutôt par les directeurs d’école, les guides ou les chefs de village (encore que certains principes de redistribution sont parfois discutables). Pas de dentiste à tous les coins de rue en pays Dogon, évitez les distributions de sucreries ...

 

Expérience beaucoup plus délectable ici donc, nous sommes pris d’assaut par nos petits danseurs en herbe mais il s’agit d’une saine curiosité, réciproque par ailleurs.

 

Nous longeons la falaise recouverte d’or pour rentrer à Yendouma, précédés de femmes en file indienne, à la stature droite et farouche, malgré les lourdes charges qui pèsent sur leur crâne. Nous les observons longuement, plongés dans une certaine humilité …



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Publié à 14:57, le 1/03/2010 dans MALI Janvier 2009, Sanga
Mots clefs : légendestrek
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La course à l’échalote - Trek Jour 4 – Yendouma –Tiogou

Délicieuse sieste sur le toit du campement à Yendouma. Nous dormirons là ce soir, et partons donc légers pour l’après-midi vers le village de Tiogou, encastré dans un pli de la falaise à 4 km de là.

Au fur et à mesure que nous approchons de la bourgade, la densité des champs verdoyants augmente, et avec elle le contraste surprenant avec la sécheresse alentour. Les jardins sont composés de petits carrés d’un mètre de côté ourlés d’une levée de terre destinée à retenir l’eau. Echalotes et tomates essentiellement. Ces parcelles maraîchères, petits miracles dogon, sont entourées de clôtures faites de tiges de mil, pour décourager chèvres et moutons. Des calebasses, utilisées pour l’arrosage, sont disséminées dans les allées.

 

 

 

 

Nous croisons une stèle phallique sacrée, lieu de libations de bouillies de mil déversée afin de garantir les prochaines récoltes. Celle du mil a été faite en octobre, les tiges sèches recouvrent à présent les tristes champs. « La terre allait attendre pendant toute une saison de vents et de soleil qu’on lui ouvre à nouveau le ventre. On n’entendrait pas avant longtemps les paysans nommer le mil d’après sa hauteur, tout au long d’une croissance anxieusement observée, encouragée par le sang des volailles sur les autels, par les prières infinies, par les précautions compliquées. On n’entendrait pas avant des mois appeler « nez poussé » la première apparition des tigelles, « queue de coq » la première courbure de la feuille caressée par le vent, « mottes cachées » la disparition de la terre sous la verdure, « avale bêtes » les tiges assez hautes pour masquer un mouton. » (M. Griaule)



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Publié à 20:41, le 26/02/2010 dans MALI Janvier 2009, Sanga
Mots clefs : agriculturetrek
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