N'importe où mais ailleurs ! - Carnets de voyage
"Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui" (Montaigne). Je frotterai jusqu'à une absolue brillance. Quelques carnets de route, des falaises de grès maliennes abritant d'improbables villages Tellem aux hautes terres occidentales guatémaltèques où les huipiles rouge éclatant des femmes sont un vrai régal pour les yeux !


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De l’autre côté du Niger, Kaladanga

Soirée chez Salif, au bord du fleuve. Dans l’obscurité, efforts acharnés pour percevoir les arêtes des carpes fraîches cuisinées par l’une de ses deux femmes, Ali, avec qui nous ne mangerons pas, hélas. Elle, sa coépouse et les enfants se contenteront des restes une fois que Salif, Matthieu et moi aurons été royalement servis. Un peu gênée, je mange à peine ce soir là, repue de soleil et de joie enfantine, ni l’un ni l’autre ne parvenant à masquer la précarité de toutes ces familles. Retour aux paradoxes saisissants du premier jour, je me sens bien ici, mais c’est si facile, des euros plein les poches. Cela peut paraître d’une plate banalité, il n’empêche que je suis un peu paumée à force que se mêlent malgré moi des envies antagonistes puisque c’est de cela dont il s’agit réellement. Vouloir à la fois que la vie soit rendue plus facile à tous ces gens et se nourrir avec un contentement malsain de ces traditions séculaires entravant souvent certaines évolutions essentielles, de cette authenticité, de l’indigence même de la population, de son exotisme surtout. Un peu d’électricité leur allègerait grandement l’existence, mais ai-je au fond de moi réellement envie qu’Ali me cuisine le poisson dans un four Rosières et que les ségoviennes utilisent un sèche linge plutôt que d’étaler leurs étoffes bigarrées le long du Niger ? Compliqué.

Je demande à Salif combien il a d’enfants. D’un air débonnaire, il me sourit, et me dit qu’il n’en sait rien. Je souris à mon tour. J’en compte au moins 12. Chargement des téléphones mobiles à partir de deux batteries de voiture et balade nocturne dans le petit village. Je fais ma toilette dans une pièce en banco flanquée d’un petit trou en son centre, avec une bassine d’eau froide et un récipient plus petit avec lequel je m’arrose tant bien que mal. La lumière de la lune éclaire finement ma « salle de bain » à toit ouvert, il ne fait pas chaud du tout. Pour les toilettes, c’est beaucoup moins magique. Un petit trou également, cerné de trois murs de guingois, qu'il faut bien viser et quand on est un peu gauche, les WC maliens sont un cauchemar. J’ai hâte de retrouver demain l’abondante lumière omnidirectionnelle, en attendant, je me faufile sous ma tente, épuisée.



Publié à 23:53, le 3/01/2009 dans MALI Janvier 2009, Ségou
Mots clefs : Logement
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