N'importe où mais ailleurs ! - Carnets de voyage
"Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui" (Montaigne). Je frotterai jusqu'à une absolue brillance. Quelques carnets de route, des falaises de grès maliennes abritant d'improbables villages Tellem aux hautes terres occidentales guatémaltèques où les huipiles rouge éclatant des femmes sont un vrai régal pour les yeux !


Mes albums


«  Septembre 2018  »
LunMarMerJeuVenSamDim
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930


Rubriques

DIVERS
GUATEMALA Avril 2008
JORDANIE Mai 2009
MALI Janvier 2009
NEPAL Mars 2010
REUNION Novembre 2009

Derniers articles

Nouvelle url !
MALI - Inselbergs et canyons
MALI - Quelque part, entre la région inondée de Mopti, et Gao, porte du désert
Votez Romain :)
MALI - En attendant Godot – Douentza -Hombori

Sites favoris

Trekmag
Trekkings hors des sentiers battus
Romain World Tour
Voyages etc
Carnets de traverse
En piste pour le monde
Voir le monde
Afrique 50 ans d'indépendance
Drôle de trip







Carte des lieux visités







Abonnez-vous à mon flux RSS




Ma Page sur Hellocoton


Disponible prochainement


Commentaires (0) | Ajouter un commentaire | Lien

Publié à 17:36, le 30/12/2009 dans JORDANIE Mai 2009,
Mots clefs :
Envoyer cet article à un ami


Mil et une bouillies - Trek Jour 3 – Iby – Youga Dogourou

Petite nuit rongée par de violentes douleurs à l’estomac, mes prières à Amma ont sans doute été vaines. J’ai marché entre les ombres, le système digestif bien d’aplomb (la position verticale m’allant finalement mieux), me rappelant que « si les Noirs étaient des créatures de lumière extraites en plein soleil, c’était au clair de lune qu’avaient été créés les Blancs, d’où leur aspect larvaire ». La théorie d’Ogotemmêli m’a semblé en cet instant plus vrai que jamais. Traits livides, pâleur malingre, visage souffreteux, j’ai alors tout d’une larve molle et blême conçue par l’astre nocturne, depuis sa couleur lait caillé jusqu’à son apathie.

Petit déjeuner frugale. Un ami instituteur de Souley nous fait visiter les classes de l’école d’Iby saturées d’élèves et pourtant pleines de silence, le décor est minimaliste, inexistant même, les enfants ont l’air las. J’ai très envie de leur parler, d’écrire quelques mots sur l’ardoise, et finalement tout est trop calme.

Nous repartons à l’assaut de la montée qui conduit à Youga Dogourou, village accroché à un piton rocheux indépendant de la falaise. Nous sommes accompagnés de femmes qui portent péniblement l’eau des puits du bas de l’escarpement vers les villages perchés. Elles serpentent entre les buffles et les quelques marigots qui leur servent d’abreuvoirs durant la saison sèche.

Youga Dogourou est un bijou incrusté dans l’anfractuosité de grès. De petites têtes souriantes émergent hésitantes des cases parallélépipédiques, écrasées de part et d’autres par d’énormes rochers et dont la partie supérieure est percée de branches qui dépassent du banco de manière très irrégulière, leur conférant un petit air moderne. Sieste sous le fromager après avoir essayé de calmer la rage de dents d’un vieux sage avec un doliprane. Souley nous parle du mil, du couscous de mil, de la bière de mil, des galettes de mil frites, de la crème de mil légèrement sucrée, des beignets de mil, de la bouillie de mil, ... Je souris, on dirait Bubba et ses crevettes dans Forrest Gump : You can barbecue it, boil it, broil it, bake it, saute it, shrimp-kabobs, shrimp creole, shrimp gumbo. Pan fried, deep fried, stir-fried …”

Nos échanges culinaires me redonnent un peu d'appétit. Je romps le jeûne et mange un peu de riz à la santé d’Amma.



Commentaires (5) | Ajouter un commentaire | Lien

Publié à 12:42, le 8/01/2009 dans MALI Janvier 2009, Bandiagara
Mots clefs : GASTRONOMIEtrek
Envoyer cet article à un ami


L’arbre aux mille vertus - Trek Jour 2 – Banani – Iby

 

Nous poursuivons notre route vers Iby, accompagnés sans cesse d’aimables baobabs ventripotents, ces géants des plaines que l’on dit avoir été victimes du courroux de Dieu, qui, pour les punir, les aurait plantés la tête en bas. Il est vrai que, caduque, l’arbre est surmonté de branches nues l’hiver, semblables à des racines. Nous caressons son écorce tuberculée et fibreuse qui sert à la fabrication des cordages. Les baobabs deviennent de véritables compagnons de voyage, certains, dont les branches n’ont pas été coupées, regorgent de fruits que les enfants dégomment au lance-pierres.

 

 

Nous dégustons comme de petits bonbons leurs nombreuses graines acidulées saturées de calcium et aux vertus astringentes (propriété non dénuée d’intérêt en ce qui me concerne, Matthieu démontrant une fois de plus la robustesse de ses intestins). A plusieurs reprises, nous nous arrêtons devant de majestueux spécimens, impressionnés par leurs dimensions et nous nous amusons à nous photographier à côté de leur démesure. Nous écoutons le vent qui se mêle à leur branchage qui semble contenir les rumeurs des villages alentour. Souleymane nous raconte à quel point chacun des éléments de l’arbre est ici exploité, ses fibres entrant dans la composition du banco dont on recouvre les greniers pour les protéger de la chaleur, ses feuilles servant de base à la bouillie préparée par les femmes, la pulpe de ses pains de singe fournissant une boisson rafraichissante, son fruit pouvant être sculpté en maracas, …



Commentaires (3) | Ajouter un commentaire | Lien

Publié à 20:12, le 7/01/2009 dans MALI Janvier 2009, Bandiagara
Mots clefs : floretrek
Envoyer cet article à un ami


Quand Dieu pétrit la Terre avec de l’eau - Trek Jour 2 – Tireli – Ireli - Banani

Je tiens à peine sur mes jambes ce matin, je ferai une partie de l’itinéraire tractée par un brave âne. Mon petit déjeuner se limite à un morceau de pain sec et un verre d’eau, afin que soient doucement remobilisées mes fonctions vitales. Je me nourris en revanche des légendes que Souley nous raconte dès les premières heures de la journée, sa tasse de thé fermement agrippée de sa main droite, son bâton serré dans le creux de sa main gauche. Son exposé aux allures de confidence est ponctué de marques de déférence, nous l’écoutons, fascinés.

 

Lorsque le Grand Amma eut propulsé les astres dans le ciel constituant 14 systèmes solaires, il jeta pour finir une masse de glaise qui s’étira jusqu’à prendre la forme d’un corps de femme dont le sexe fut obstrué par une termitière empêchant toute union. Amma s’approcha de la Terre bien décidé à la posséder, détruisit avec véhémence la termitière récalcitrante, et, ainsi excisée, la planète plate en proie à la volonté de dieu se laissa conquérir. De cette première union imparfaite naquit le perfide renard. La termitière définitivement rasée, les rapports suivants furent bien plus favorables et virent l’eau s’échapper de Dieu pour venir nourrir la Terre. Les Nommos, jumeaux au corps parfait et vert, immédiatement capables d’éloquence, furent ainsi modelés et recouvrirent de fibres végétales le sexe de leur mère lui rendant par là même la Parole. Cette dernière fut promptement convoitée par le renard, fils contrarié d’Amma, qui la récupéra suite au viol incestueux de sa mère la Terre. La Parole devait lui permettre à tout jamais de révéler aux hommes l’avenir que leur concocterait Amma. La pauvre Terre quant à elle, devenue impure et condamnée au sang menstruel fut boudée par Dieu qui s’en alla vers d’autres divertissements, la création des êtres vivants notamment et en particulier celle du couple à l’origine des 8 ancêtres des dogons.

 

Nous passons à proximité d’Amani et de son marigot de caïmans sacrés. Ce saurien, serviteur du génie de l’eau fécondatrice est vénéré par les dogons et orne très souvent leurs sculptures, il aurait guidé du bruit de sa queue jusqu’à une source l’un de leurs ancêtres assoiffé.

 

Yayé, Ireli où trône de façon surréaliste un panneau publicitaire Coca Cola qui se détache significativement de l’enchevêtrement de grès, Pégué. Nous arrivons 8 km plus tard à Banani, inondé de lumière, nous nous perdons dans son dédale de ruelles, découvrons sa splendide Toguna qui surplombe le village, décorée d’animaux peints sur ses flancs. Cette case à palabres, constituée de 8 piliers en bois ou en pierres et recouverte de multiples couches de tiges de mil, est réservée aux hommes qui y règlent les affaires du village. Elle est particulièrement basse, écrasée par son revêtement volumineux, contraignant ses occupants à y rester assis et évitant par la même les excès de colère. Celui en proie à une irascibilité mal venue en ces lieux, qui, en s’emportant se dresse violemment, est inévitablement assommé. Les peintures naïves qui recouvrent la Toguna sont restaurées chaque année après la saison des pluies.

Riz, spaghettis, couscous ou macaronis ? Sempiternel choix offert aux toubabs de passage. Spaghettis aujourd’hui.



Commentaires (0) | Ajouter un commentaire | Lien

Publié à 12:02, le 7/01/2009 dans MALI Janvier 2009, Bandiagara
Mots clefs : légendestrek
Envoyer cet article à un ami


La vengeance du dieu Lébé - Trek Jour 1 - Dourou - Nombori - Ydeli - Tireli

Départ très tôt en taxi brousse pour Bandiagara, puis Dourou. Je suis toute agitée au fond de la 504, impatiente et sans doute un peu stressée par l’allure de ce vieux tacot sur l’une des trois pistes reliant Bandiagara à la falaise. De petites chèvres imprudentes ne cessent de traverser la route, passant à quelques centimètres du pare-choc rongé par le temps. Nous finissons par percuter un chevreau trainard, je pousse un cri sourd étouffé par la paume de ma main, la pauvre bête se retrouve complètement aplatie par la vieille guimbarde nullement perturbée par ce carnage. Le chauffeur, placide lui aussi, continue, il a l’habitude et, de toute façon, ça pullule ces bêtes là.

L’entrée dans la faille à Dourou est prodigieuse, les grès ferrugineux nous cernent rapidement. Nous croisons de nombreuses femmes portant sur la tête des paniers surmontés d’énormes sacs en toile de jute qui échangent avec Souleymane d’interminables salutations. Elles remontent les récoltes maraîchères que les Dogons cultivent de plus en plus grâce à de petits forages. Très rapidement nous surplombons la plaine, vue à couper le souffle sur l’étendue sableuse parsemée essentiellement d’acacias, de baobabs, de figuiers et de karité.

Nous descendons et commençons à discerner certains villages qui se confondent avec les éboulis de grès. Les habitations sont plutôt rectangulaires, dotées d’un toit servant de terrasse, et ça et là émergent de petites constructions sur pilotis en bois coiffées d’un chapeau de paille, les greniers, qui servent à stocker le mil essentiellement. Il semble que le pays Dogon de Marcel Griaule ait été figé dans le temps :

« Ogol-du-Bas, comme tout village dogon, entassait ses maisons et ses greniers. Terrasses de glaise et toits de paille coniques alternaient. A se faufiler dans ses ruelles d’ombre et de lumière, entre les pyramides tronquées, les prismes, les cubes ou cylindres des greniers et maisons, les portiques rectangulaires, les autels rouges ou blancs en hernies ombilicales, on se sentait nain perdu dans un puzzle. Tout était craquelé sous les pluies et les chaleurs ; les parois de torchis se fissuraient comme des peaux de pachydermes ».

Déjeuner copieux à Nombori, je mange bien plus que nécessaire, encouragée par Souley qui me conseille de prendre des forces : du riz recouvert de sauce à base de tomates et d’oignons, c’est délicieux, mais pour compenser l’absence de viande, de légumes, de sucreries, les cuisiniers ont la main lourde sur l’huile d’arachide. Mon foie ne résistera pas, à moins qu’il ne s’agisse d’un avertissement du dieu Lébé dont on vient troubler la tranquillité, ou de façon plus vraisemblable des conséquences de l’ingurgitation de mes concombres tant désirés la veille. Je suis encore lucide lorsque nous traversons la splendide Ydeli surplombée par un village fantôme troglodytique Tellem, qui ne fait qu’un avec cette fantastique paroi rocheuse, haute de 200 à 400m suivant les endroits. Je ne suis plus que l’ombre de moi-même quelques kilomètres plus loin, me traînant et m’arrêtant tous les 20m pour vider mon estomac tout flapi.

C’est la fête lorsque nous arrivons à Tireli dont les ruelles débordent de musique et de cris de joie et je tente de rester digne en m’éclipsant toutefois de temps à autres, prise de spasmes atroces. Nous hésitons à dormir sur le toit du campement, d’abord parce que cela nécessiterait que je descende et remonte l’échelle dogon pas tout à fait commode pour les non initiés, de nuit, plusieurs fois, au grès des caprices de mon système digestif, ensuite parce qu’un vent terrible se lève. Nous nous abritons finalement dans une pièce en terre, exigüe, et aux murs calamiteux. Je ne dors pas, j’ai des crampes terribles, je finis par errer dehors dans la pénombre au risque de croiser le renard, animal sacré qui laisse la nuit ses empreintes, étudiées et décryptées le lendemain par les sages du village.

Les oiseaux se sont tus. Pour me consoler je fixe les étoiles, ces boulettes de terre qui auraient été lancées dans le ciel par le dieu Amma, dieu unique, poterie modelée par le Soleil et la Lune. Je profite de ce singulier moment pour lui adresser quelques prières pleines d’espoir quant à l’avenir proche de mon tube digestif.



Commentaires (2) | Ajouter un commentaire | Lien

Publié à 22:34, le 6/01/2009 dans MALI Janvier 2009, Bandiagara
Mots clefs : légendestrek
Envoyer cet article à un ami

Page précédente

Page 1 sur 3